Portraits d'artistes

Katherine (Mansfied) dans les nuages

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Voici un article publié dans Lire. Je le fais circuler tant il me paraît juste et vivant et je ne saurais franchement mieux faire pour vous la présenter. C’est mon père qui m’a fait découvrir Katherine Mansfield. A mon tour de vous donner l’envie de….

Kate

Katherine dans les nuages
par Catherine Argand
Lire, novembre 1995

Elle aimait le silence, les fureurs bleu Klein, les vagabondages capricieux, la vie et ses tragédies, Menton et la Côte d'Azur, les sourires tremblés. Et Shakespeare qu'elle citait avec esprit: «Sachez, Monsieur le sot, que sur cette ortie qu'on appelle le danger, on cueille la fleur de la sécurité.»

D'elle, on se rappelle surtout la fin. Le 9 janvier 1923, raconte Pietro Citati dans sa belle Brève vie de Katherine Mansfield (Quai Voltaire), «cette créature si délicate et si légère, si dure et si avide, si passionnée; si implacable, ce papillon maladroit qui avait soumis ses ailes à l'épreuve du vent, cette lointaine figurine chinoise peinte sur le fond d'une tasse à thé» meurt près de Paris. A la tombée du jour. Dans une chambre de l'Institut Georges-Gurdjieff, ce «grand lama du Tibet» dont le projet de développement harmonieux de l'homme avait séduit Katherine Mansfield.

Née à Wellington, en Nouvelle-Zélande, dans une famille aisée, la jeune femme phtisique n'aura vécu que trente-cinq ans. Assez pour se marier deux fois et vouloir «mener une vie pleine, adulte, vivante, active - au contact de ce que j'aime, la terre et ses merveilles, la mer, le soleil. Au contact de tout ce que nous entendons lorsque nous parlons du monde extérieur». Assez aussi pour s'exiler à vingt ans à Londres où elle découvre le groupe Bloomsbury et publie une demi-douzaine de nouvelles précises, délicates et cruelles.

De ces récits qu'elle publia Virginia Woolf, sa contemporaine, fera son miel. A la jeune Néo-Zélandaise l'auteur de Mrs. Dalloway emprunta l'art de l'épiphanie et du monologue intérieur. Son idée du temps unique et polyphonique aussi, explique Fabrice Hugot, le traducteur de Prélude et de Sur la baie, deux nouvelles qui décrivent le passage du jour dans un jardin où se tient une famille. Parfum de noisette sur une charrette qui s'en va, rosée violette dans le matin tremblant, paumes étoilées d'enfants qui rêvent de «toujours», nuages qui passent, attentes de femmes: la prose allégorique de Katherine Mansfield réfracte la lumière comme aucune autre. Sur la moindre feuille, la moindre étoffe, la moindre parcelle de ciel. Comme autant de reflets de l'état de veille ou d'éveil de ces êtres saisis dans leur attente.

Surannée pour les uns (qui aujourd'hui oserait d'une fleur faire une allégorie ?), intimiste pour les autres, la prose de Katherine Mansfield est celle de l'instant. Un instant suspendu, miroitant, dont l'écho vibre dans l'air comme une note inlassable et qui porte en lui le rêve de tous les autres.

Barbey d'Aurevilly, 1808-1889

Barbey 

«Le public a été deux fois injuste envers lui: d'abord en ne lui accordant pas la considérable place à laquelle il avait certainement droit; ensuite en grossissant sa légende de dandy ridicule, au détriment de son singulier génie."

Quoi qu'on ait raconté sur ses origines, Barbey d'Aurevilly avait une héroïque noblesse, une allure, un ton et des mots inoubliables. Pauvre et fier comme Artaban, illusionné de la Manche française comme l'autre de la Manche espagnole, mais d'un à-pic extraordinaire dans quelques-uns de ses jugements, ferme en ses opinions et croyances, à une époque où tout vacillait dans l'épaisse sottise démocratique, éloquent et spirituel à la façon d'un Rivarol, aéré comme Chateaubriand, bien plus logique que lui, visionnaire des paysages de son Cotentin comme un vieil aigle, le maître du Chevalier Destouches et de Une vieille maîtresse inspirait au gamin que j'étais une profonde admiration. Il avait la tête dans les cieux. Il ne ressemblait pas aux autres hommes de lettres. Ses aphorismes, ses condamnations, ses éloges tombaient de haut.

Un jour d'hiver, par un froid sec, mon père l'emmena, de chez
Lemerre, jusqu'à un restaurant des Champs-Élysées, encore ouvert et bien chauffé, dont je ne me rappelle plus le nom. Tous deux parlaient vivement de Flaubert, que défendait avec passion Alphonse Daudet, qu'attaquait avec passion Barbey D'Aurevilly. Je marchais à côté d'eux très attentif et intéressé, car Flaubert, chez nous, était roi.

Une fois installés: “Que prenez-vous?...
— Du champagne”, répondit d'Aurevilly comme il aurait dit: “De l'hydromel.”

Vieux guerrier édenté, au verbe sifflant et irrésistible, il avala coup sur coup quatre, cinq verres de cet argent liquide et mousseux. Puis il se mit à parler, si fort et si bien, que la caissière émue ne le quittait pas du regard. Mon père lui donnait
la réplique. Le soir venait. On alluma le gaz et, au bout d'une heure environ, étant derechef altéré, ce démon de Barbey redemanda: “Une seconde bouteille de champagne, madame, je vous prie.” J'étais émerveillé. Il portait ce jour-là, pour cette prouesse improvisée, un grand manteau noir flottant, doublé de blanc, et le fond de son chapeau haut de forme était de satin écarlate. Mais qui donc aurait eu envie de rire en entendant de pareils accents!

Sa voix ajoutait au prestige. Il l'enflait, puis la baissait harmonieusement. Il eût fait un orateur consommé. Perpétuellement tourné vers ce qui est grand, généreux et original, il possédait un répertoire d'exploits galants et militaires, où le farouche le disputait au précieux dans un excellent dosage très français. Imaginez une interpolation des Vies des dames galantes de Brantôme avec les Vies des grands capitaines. Son horreur de la vulgarité s'affirmait, quand il disait à mon père: “Votre Zôla”, comme s'il y avait eu sur l'o plusieurs accents circonflexes et dépréciateurs.

Je l'ai montré grand et beau buveur. Un soir à Champrosay, le domestique, se trompant, versa à la ronde, au lieu de vin blanc, une antique eau-de-vie de prunes, dépouillée certes, mais encore vigoureuse. D’Aurevilly se faisait toujours servir au ras bord. Avant qu'on n'eût eu temps de l'avertir de la méprise, il avait déjà tout englouti d'une lampée, sans nul émoi, comme si cette rasade eût été naturelle.

Il avait en horreur certains contemporains, pour la mollesse de leur style ou la vulgarité de leurs idées. D'où son mot célèbre, au sujet du plus prolixe d'entre eux: “Ses parents, mossieur, vendaient de

la porcelaine. Lui, c'est un plat.” Mais il était tout indulgence et bonté envers les petits confrères laborieux et miteux, qui font péniblement leur chemin dans le journalisme. Il citait volontiers Byron et les lakistes, Shakespeare, les Pères de l'Église et les grands classiques. Somme toute, une admirable personnalité, un diamant que rien ne pouvait rayer, sinon un autre diamant de même taille et de même clivage. On l'eût vainement cherché parmi ceux de sa génération.»

Léon Daudet

« Mais, bon Dieu! quelle continuelle pose et quelle originalité factice ! Il ne s'est point contenté d'être un mousquetaire dans son style, il a voulu en être un sur le pavé. A vingt ans, il a été la proie du dandisme (sic), il s'est agenouillé devant Brummel. Cruelle aventure, car aujourd'hui il porte encore le pantalon collant, la redingote à plis, les grandes manchettes et le grand col de sa jeunesse. Les dames le suivent d'un oeil stupéfait. »

Emile Zola

Une seule chose attirait mon attention: cette question restée sans réponse. Je ne cherchai pas longtemps, et de suite un nom me vint aux lèvres. Ce n'était peut-être pas le nom de l'auteur qui m'avait causé le plus de joie et d'émotion, mais celui de l'écrivain qui avait eu le plus d'influence sur moi, et dont les idées m'avaient pénétré le plus profondément.

Robert Vernon

Biographie

Issu de la petite noblesse normande, austère et profondément catholique, Jules Barbey d'Aurevilly passe son enfance dans la Manche. Il fréquente l'un de ses oncles médecin, profondément libéral, qui exerce sur lui une grande influence. Un moment républicain et athée, il finit, sous l'influence de Joseph de Maistre, par adhérer à un monarchisme intransigeant qui correspond mieux à son mépris pour le siècle bourgeois. Sans pour autant renoncer à une vie de dandy, dont il se fait par ailleurs le théoricien avec 'Du dandysme' et 'George Brummel' en 1845, il se convertit au catholicisme en 1846 et devient défenseur féroce de l'absolutisme. Critique littéraire redouté et courageux, il dénonce aussi bien les prétentions anticléricales du positivisme que les mesquineries du parti catholique. Jules Barbey d'Aurevilly est surtout connu pour ses romans, ainsi que pour ses nouvelles Les Diaboliques en 1874, qui mêlent un réalisme historique, enraciné dans son Cotentin d'origine, à un surnaturalisme exalté. Son oeuvre est consacrée aux puissances dévastatrices de la passion, qu'elle soit charnelle - Une vieille maîtresse, 1851 - filiale - Un prêtre marié, 1865 - politique - Le Chevalier Des Touches, 1864 - ou mystique - 'L'Ensorcelée', 1855. Celle-ci libère chez ses personnages des forces insoupçonnées qui les condamnent le plus souvent au crime.

Véronique Sanson

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Une chanson de Véronique Sanson... celle qui laisse encore courir des frissons... 30 ans après !

http://www.dailymotion.com/video/xzsvm_veronique-sanson-ma-reverence_music

Véronique Sanson naît le 24 avril 1949 à Boulogne-Billancourt, dans une famille de mélomanes. Ses parents l'inscrivent très vite à des cours de piano avec sa soeur Violaine, de deux ans son aînée. Une éducation musicale classique que Véronique n'a jamais reniée.

Aux alentours de treize ans, la jeune fille se met à la guitare et compose ses premières chansons. Elle séjourne dans un pensionnat anglais ce qui lui fait découvrir les Beatles.

Roche-Martin

En 1965, Véronique Sanson peaufine sa véritable première oeuvre (un concerto pour deux flûtes, deux clarinettes et orchestre !) puis part en vacances en Espagne avec Violaine. Là, elles rencontrent le futur compositeur de Patricia Kaas, François Bernheim, avec qui elles forment les Roche-Martin. Un trio qui ne survit qu'à deux 45 tours mais qui permet à Véro de croiser la route d'un ami d'enfance, un certain Michel Berger !

Michel Berger

Ce dernier est alors directeur artistique dans une maison de disques et lui offre la possibilité d'enregistrer son premier titre en solo, Le printemps est là. Malgré son échec commercial, celui-ci signe ses vrais débuts discographiques.

Véronique Sanson continue de collaborer avec Michel Berger qui lui demande de composer un titre pour

Isa

belle de Funès, la fille de Louis, Les voisins qu'elle reprendra en 1992 sur son album Sans regrets.

Amoureuse

En 1972, le tandem fonctionne parfaitement pour le premier album de la chanteuse, Amoureuse. C'est l'aboutissement de centaines d'heures de travail, tant pour la composition que pour la voix, et quelques jolis tubes y figurent: Bahia ou Besoin de personne notamment.

Un second opus arrive l'année suivante avec De l'autre côté de mon rêve et elle commence à faire ses armes sur scène en ouverture de Julien Clerc, Claude François ou Michel Polnareff.

Stephen Stills                                                                               

1973 est aussi l'année au cours de laquelle elle rencontre le musicien américain Stephen Stills, membre du célèbre quatuor Crosby, Stills, Nash & Young. Elle l'épouse en mars avant de partir vivre avec lui aux Etats-Unis où naît leur fils, Christopher, en 1974. Une nouvelle vie qui va durer dix ans lui permettant de se familiariser avec les musiciens du cru qu'elle sollicitera tout au long de sa carrière.

Véronique Sanson publie Le maudit en 1975 et donne ses premiers concerts en tête d'affiche à l'Olympia.

L'Olympia

Au milieu des années 70, il est plus que rare qu'un artiste français enregistre à l'étranger. C'est pourtant son cas puisque Vancouver, en 1976, est mis en boîte à Londres, avec une équipe anglaise.

Véronique Sanson a désormais apprivoisé la scène et se produit deux semaines d'affilée à l'Olympia. Le public semble friand de ce nouveau son, très anglo-saxon, qui se marie à merveille avec des textes en français de grande qualité.

Exclusivement féminin

En 1978, sort Hollywood, le cinquième album de Véronique Sanson. Il comprend un hommage à son nouveau manager, Bernard Saint-Paul, avec Bernard's Song et elle confie les premières parties de la tournée française qui suit à Michel Jonasz. Elle est également la première femme à se produire au Palais des Sports de Paris en 1978. Elle y donne deux concerts quotidiens pendant trois jours !

Elle tourne la page de cette décennie avec 7ème en 1979 puis alterne entre albums et concerts de façon régulière jusqu'au milieu des années 80. Laisse-la vivre arrive dans les bacs en 1981, deux ans avant qu'elle ne fasse scène commune avec Michel Jonasz et Eddy Mitchell au moment où sort sa compilation

Exclusivement féminin.

C'est cependant une période très difficile pour la chanteuse qui se bat pour récupérer la garde de son fils et revenir avec lui en France. Ce qu'elle obtient en 1983.

En 1985, Véronique Sanson propose un album éponyme. Elle s'engage en 1986 dans une nouvelle tournée intitulée "Chacun son tour", conjointement avec Alain Souchon.

Allah

Elle publie Moi le venin en 1988, comprenant notamment le très controversé Allah, censuré dans bon nombre de médias et qui lui vaut une protection rapprochée. Au moment où les islamistes font régner la terreur, particulièrement en Iran, elle est toutefois soutenue par la plupart des artistes français.

Les Enfoirés

Après une nouvelle série de récitals, Véronique Sanson prend part à la première tournée des Enfoirés avec Jean-Jaques Goldman, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Michel Sardou.

A la fin de l'année 1989, elle part répéter en Tchécoslovaquie avec l'orchestre symphonique de Prague. Un rêve qui se prolonge le temps de quelques concerts au Théâtre du Châtelet, à Paris, là où est enregistré le fameux Symphonique Sanson qui sort en 1990.

Victoire de la Musique

Sans regrets, réalisé à Los Angeles, lui succède en 1992 et le premier extrait, Rien que de l'eau, est symbolique alors qu'elle commence à se débattre avec des problèmes d'alcoolisme. Un album au fort succès qui lui vaut une Victoire de la Musique en tant que chanteuse de l'année.

Une nouvelle tournée suit et elle y rend hommage à Michel Berger, récemment décédé, en reprenant le titre Seras-tu là. Les Francofolies de la Rochelle la saluent également en 1994; il en sortira l'album Comme ils imaginent. La chanteuse se marie en 1995 avec l'humoriste-acteur Pierre Palmade.

Indestructible ?

Après le toujours autobiographique Indestructible en 1998, Véronique Sanson prépare un album en hommage à Michel Berger qui sort en 1999. Il s'agit de D'un papillon à une étoile. Cela lui vaut une forte inimitié de France Gall mais ne l'empêche pas de reprendre les grands succès de son premier mentor au cours d'une nouvelle tournée. Mais la chanteuse est lasse et doit annuler bon nombre de concerts à cause de problèmes de sang et de sa dépendance à l'alcool.

Une compilation, Les moments importants, comble en partie l'attente de ses fans avant le vrai retour en 2004 avec Longue distance. Une résurrection aussi inespérée qu'émouvante.

Pierrick Roux

Louis Aragon - Vie et oeuvre

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Écrivain français (1897-1982).

«Fils illégitime d'une liaison entre Marguerite Toucas et un homme politique célèbre, Louis Aragon naît le 3 octobre 1897, à Paris. Son enfance toute entière se trouve du coup marquée par le mensonge et la dissimulation: pour sauver les apparences, sa mère se fait en effet passer pour sa sœur et sa grand-mère, pour sa mère adoptive, tandis que ses tantes deviennent ses sœurs et que son père devient un vague parrain, qui ne lui apprendra la vérité de sa naissance qu'avant son départ pour le front. Enfant précoce, il compose dès l'âge de six ans, dans l'atmosphère confinée d'une pension de famille où apparaissent de belles étrangères, de petits romans inspirés de Zola qu'il dicte à ses «sœurs» et dont il a publié plus tard l'un des volumes.

Après une brillante scolarité (il maîtrise en sixième le programme littéraire du baccalauréat) pendant laquelle il dévore tous les livres qu'il trouve, à commencer par Dickens (écrivain anglais), Tolstoï et Gorki (écrivains russes), il assiste à l'éclatement de

la Première Guerre

mondiale. Il échappe, de 1914 à 1916, à plusieurs vagues de départ pour le front et commence des études de médecine en 1915 tout en fréquentant assidûment la librairie d'Adrienne Monnier, grâce à laquelle il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé, Rimbaud…Cela ne l'empêche pas de lire Barbusse, dont Le Feu (1916) fait sur lui une très forte impression.

Il est incorporé en 1917 et part pour le front où il rencontrera par hasard André Breton. Trois fois enseveli sous les bombes, Aragon survit cependant au conflit et se consacre avec une énergie décuplée à l'écriture, sous toutes ses formes: poétique avec Feu de Joie (1920), romanesque avec Anicet ou le Panorama, roman (1921). Il participe également à la création d'un mouvement artistique d'avant-garde (qu'on appellera le Dadaïsme) puis, à partir de 1924, à la naissance du Surréalisme qu'il sera le premier à théoriser avec Une vague de rêve (1924). Dès lors, sa dimension d'écrivain et de poète ne va cesser de s'accroître, notamment avec Le Paysan de Paris (1926), qui est un des sommets de la prose surréaliste de l'époque. Inscrit au Parti Communiste dès 1927, comme beaucoup de surréalistes (Breton, Eluard), Aragon se sépare peu à peu de ses amis qui refusent de se soumettre à la volonté d'un quelconque groupe et s'engage corps et âme dans la lutte politique.

Il rencontre en 1928 un jeune écrivain russe, Elsa Triolet, dont il ne se séparera plus. Il devient simple journaliste à L'Humanité et entame une nouvelle carrière de romancier avec Les Cloches de Bâle (1934) qui raconte l'évolution de plusieurs personnages bourgeois (et notamment des femmes) vers le communisme. Sur le modèle de Balzac et de Zola, Aragon entame alors un grand cycle romanesque qu'il appelle Le Monde réel avec Les Beaux Quartiers (1936), Les Voyageurs de l'Impériale (1939, récemment adapté pour le cinéma), Aurélien (1944), et enfin Les Communistes (1949-1951) qu'il réécrira entièrement en 1966-67. Mais la «drôle de guerre» et surtout la défaite de juin 40, feront réapparaître une autre facette de l'écrivain, celle du poète, dont la production, à partir de Crève-cœur (1939) marquera toute la période de la Résistance française avec, notamment, Les Yeux d'Elsa (1942), Brocéliande (1942), Le Musée Grévin (1943) et

La Diane Française

(1944). Après la Libération, Aragon, célébré et puissant, poursuit son engagement politique et soutient sans ambiguïté et sans doute en connaissance de cause les dérives staliniennes du communisme. Après la mort de Staline (1953) et le rapport Krouchtchev (1956), qui dénonce les atrocités commises sous le régime précédent, Aragon traverse une véritable crise qui le mènera au bord du suicide et dont il ne sort qu'en se livrant entièrement à la direction d'un grand hebdomadaire littéraire, Les Lettres françaises. Deux grandes œuvres naîtront cependant de cette crise: Le roman inachevé (1956), autobiographie poétique immédiatement saluée comme un chef-d'œuvre par toute la critique et

La Semaine Sainte

(1958), gigantesque reconstitution mi-historique mi-romanesque d'un des derniers épisodes de la carrière napoléonienne.

À partir de ce double succès, la production poétique et romanesque d'Aragon ne va cesser de s'amplifier, en marge des modes du Nouveau Roman: avec Les poètes (1960), Le Fou d'Elsa (1963), La Mise à mort (1965), Blanche ou l'oubli (1967), Les Communistes (seconde version) Henri Matisse, roman (1970), prodigieux roman où écriture et peinture se croisent et se rejoignent, et enfin Théâtre/roman (1971). Après la mort d'Elsa Triolet (1970), il poursuit comme il le peut ses activités politiques auprès de l'union de la gauche (il sera décoré par F. Mitterrand) et survit en changeant radicalement de style de vie et en affichant dans les médias ses relations homosexuelles, notamment avec Jean Ristat, lui-même écrivain et poète qui lui fermera les yeux le 24 décembre 1982. Sa mort sera suivie d'un concert étonnant de louanges et de cris de haine qui ne s'est guère estompé depuis.

(Luc Vigier). Source: Site Louis Aragon Elsa Triolet (catégorie: articles)

Edward Hopper (1882-1967)

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« Edward Hopper est la quintessence du peintre réaliste américain. Ses images sont devenues des éléments à part entière de l’expérience américaine"

Robert Hugues

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Hopper : Sunlight in a Cafeteria

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Sunlight in a Cafeteria, 1958
Huile sur toile, 102,2 x 152,7 cm.

New Heaven, Connecticut, Yale University art gallery, legs Stephen Carlton clark, B.A, 1903

Ce tableau est le miroir de "Nigthawks" de par l'heure de la journée mais aussi par le fait qu'ici la scène part de l'intérieur vers l'extérieur, vers la lumière du jour qui inonde la cafétéria, à l'inverse de "Nighthawks", où c'est le bar qui éclaire la ville.
La lumière vient en oblique, concentrée par une fenêtre invisible, seulement mise en valeur par la plante qu lui donne une réalité. Elle frappe les deux protagonistes mais épousant encore fortement la ligne de démarcation cachée entre les deux personnages. La mise en scène est ordonnée, la femme est repliée sur elle-même, tandis que l'homme droit et rigide regarde par la fenêtre, au-deçà d'elle, vers l'extérieur, croisant à angle droit le regard de la femme.
Le désir et la demande reste très présentsdans cette toile, c'est le principal élément de tension, le récipient en forme de phallus derrière l'homme n'y contribue pas dans la moindre mesure.

http://netmadame.free.fr/culture/franck/hopper/les-peintures.htm

Hopper : Four lane road

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Four Lane road, 1956
Huile sur toile, 69,8 x 105,4 cm. Collection privée.

Cette toile offre une contre-projection de l'espace intérieur défini, face à une ouverture extérieure large. Pour l'homme assis, le terrain et la station qui l'entourent sont pour lui un nouvel espace intérieur. Sa position figée et son regard parallèle à la route accentue la posture déjà très statique de l’homme. La femme semble venir de l'extérieur, faisant irruption dans la statique de l'homme, qui pourtant ne réagit pas. Son ombre, d'origine inconnue, puisqu' aucune source de lumière n'est visible, clône de lui-même, offre une nouveau rempart à la femme pourtant très proche de lui.
Cette scène dynamique des êtres vivants vient à l'encontre du calme de la nature extérieure et rectiligne, de la tranquillité des couleurs, et de la statique des pompes aux couleurs vives à l'esprit plus décoratif que mécanique.

http://netmadame.free.fr/culture/franck/hopper/les-peintures.htm

Hopper : Nighthawks

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Nighthawks, 1942 Huile sur toile, 76,2 x 144 cm.

Chicago, The Art Insitute of chocago, Collection Amis de l'art Américain.

La scène urbaine de Nighthawks se laisse rattacher à une projection picturale antérieure, témoignant de l'ouverture tardive de Hopper. C'est son seul tableau qui montre une vitre courbe et transparente: l'espace du bar entoure les personnages comme un récipient hermétiquement clos. La nuit sur la ville n'est éclairée que par la lumière dans le bar, de façon oblique, conférant à la structure une dynamique suggestive. Hopper signale alors qu'il a peint inconsciemment "la solitude d'une grande ville" mais il insiste bien sur le caractère accessoire de la toile. Le couple s'inscrit dans le désert urbain et la solitude d'un troisième client du bar et c'est sur cela que repose l'effet psychologique: le tableau et sutout une surface de projection de nos différents phantasmes. http://netmadame.free.fr/culture/franck/hopper/fichiers/hopper4.jpg

Toni Morrison

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Biographie

Toni Morrison est née Chloe Anthony Wofford, le 18 février 1931 à Lorain, dans l’Ohio, au sein d’une famille ouvrière (son père est soudeur). Elle est le deuxième des quatre enfants de George et Ramah Willis Wofford. Ses parents avaient déménagé et quitté le sud des Etats-Unis afin d’échapper au racisme régnant et de trouver de meilleures opportunités dans le Nord. A la maison, elle est très vite férue de littérature, et ses parents, très fiers de leur héritage, lui font connaître le Folklore noir du Sud, transmettant ainsi l’héritage afro-américain à la nouvelle génération.

De son père, Toni Morrison hérite donc d'une conscience de son identité noire et de la complexité des rapports entre Noirs et Blancs. Son roman sans doute le plus célèbre, "Beloved" publié en 1987, est inspiré de l’histoire vraie d’une esclave évadée qui avait préféré tuer une de ses filles plutôt que de la voir retourner en esclavage chez son ancien maître.
Le roman connaît un énorme succès et reçoit le prix Pulitzer en 1988.

Toni Morrison est la huitième femme à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature et la 1ère femme noire à l'avoir obtenu.

Ses romans sont de véritables trésors d’humanité.

Bibliographie

L'Oeil le plus bleu
1970, Christian Bourgois

Sula
1973, Christian Bourgois

La chanson de Salomon
1977, Christian Bourgois, a obtenu le "National Book Critics Circle Award" 1977

Tar Baby
1981, Christian Bourgois

Dreaming Emmett
théâtre, 1986, Christian Bourgois

Beloved
1987, Christian Bourgois, Pulitzer Prize 1988, film en 1998 par Jonathan Demme

Jazz
1992, Christian Bourgois

Playing in the Dark : whiteness and the literary imagination
Essai sur les Noirs dans la littérature, 1992, Christian Bourgois

Paradis
1998, Christian Bourgois

Love
2003, Christian Bourgois

Ross Macdonald

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Longtemps considéré avec mépris comme un héritier moins talentueux de Raymond Chandler, Ross Macdonald est aujourd’hui salué comme l’un des maîtres du roman noir par James Crumley et Michael Connelly. Il est né Kenneth Millar le 13 décembre 1915 à Los Gatos (Californie). Son père, marin et poète, et sa mère d’origine canadienne se séparent très vite. Sa mère décide alors de retourner dans sa famille au Canada, et le jeune Kenneth est alors trimbalé d’une maison à l’autre, chez des oncles, des cousins ou des proches. Une bonne cinquantaine de déménagements jusqu’à ses 16 ans. Sa mère meurt en 1932 et Kenneth entame alors des études de littérature et d’histoire à l’université de l’Ontario. Il les interrompt en 1938 pour partir un an en Europe. A son retour, il passe un diplôme de littérature à l’université du Michigan, commence à enseigner et épouse une camarade de classe, Margaret Sturm. Dès 1941, celle-ci commence à publier des romans policiers sous son nom de mariage. Elle pousse son mari à l’imiter. Après la guerre, le couple s’installe à Santa Barbara (Californie), et Kenneth Millar publie à partir de 1944 quatre premiers romans. En 1949, devant le succès littéraire de sa femme, il décide de prendre pour pseudonyme John Macdonald, les deux prénoms de son père. Il sort alors Il est passé par ici, première aventure du détective privé Lew Archer. Ce nom n’est pas l’effet du hasard : Miles Archer est le partenaire du détective Sam Spade assassiné au début du Faucon Maltais de Dashiell Hammett. Pourtant, c’est d’abord le privé de Raymond Chandler, Philip Marlowe, qui inspire Macdonald. Chandler tempête d’ailleurs à l’époque contre cet écrivain qu’il juge pâle copiste. Macdonald ne trouve il est vrai un style personnel qu’à partir de 1958 avec La malédiction des Hallman. Son privé s’humanise, joue moins les cadors désabusés, s’intéresse vraiment au destin des personnages qu’il rencontre dans ses enquêtes. Peut-être parce qu’à l’époque Macdonald est confronté à une crise personnelle traumatisante. En 1956, sa fille est poursuivie pour homicide involontaire (accident de voiture), déprime, puis est internée en hôpital psychiatrique. Deux ans plus tard, elle s’échappe avant d’être récupérée quelques mois plus tard. L’affaire fait grand bruit dans les journaux. Elle finit par succomber à une attaque cérébrale en 1970. La carrière de son père, devenu depuis Ross MacDonald (un autre auteur à succès sévit sous le nom de John Mac Donald), atteint alors des sommets. Deux films (Détective Privé en 1966 et La Toile d’araignée en 1975) content les aventures de Lew Archer, incarné à l’écran par Paul Newman. Son roman L’Homme clandestin, en 1971, est salué par la critique. Dès la fin des années 1970, Ross Macdonald est atteint par la maladie d’Alzheimer qui l’empêche d’écrire. Il meurt le 11 juillet 1983.

Ses principaux ouvrages sont : Il est passé par ici, La Grimace d’ivoire, Un mortel air de famille, L’homme clandestin, La belle endormie, Le Sang aux tempes.

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